vendredi 20 mai 2016

24 heures de Brive 2016 - Championnat de France

Tout a commencé un beau jour de janvier 2016, quand j'ai reçu un mail du "référent de l'équipe de France de 24h" (alias Fred) me disant en substance que ça serait bien que je participe au prochain championnat de France de 24h à Brive, sur lequel ils seraient en repérage pour constituer l'équipe de France pour le championnat d'Europe à Albi en octobre. Autant dire que j'ai passé le reste de la journée sur un petit nuage, puis tout s'est enchaîné très vite : j'ai fait un certificat médical, pris ma licence compétition au GUC, me suis inscrite aux 24h de Brive, et ai attaqué un plan d'entraînement "sympa" préparé et suivi par Fred. La suite, vous la connaissez à peu près, ça a été 4 mois de prépa à 100km par semaine, en sacrifiant les sorties trail dans mes belles montagnes grenobloises au profit de tours sans fin du parc Mistral ou d'expéditions au long cours sur les berges du Drac ou de l'Isère, avec 2 dossards de prépa sur les 6h de Challes les Eaux puis le marathon d'Annecy. Mais tout ça semble avoir porté ses fruits avec des super sensations sur la dernière semaine du plan, et l'envie qui monte à l'approche de la course.

Samedi 30 avril après une dernière séance avec le GUC, je quitte Grenoble et ses 3°C le matin (neige prévue sur les hauteurs encore une fois) direction Carcassonne. Là, le problème c'est plutôt le vent, qui souffle à près de 100km/h sur mon footing dominical. Et puis brutalement, mardi et mercredi, le printemps semble arriver, ou peut-être même directement l'été. Dès le retrait des dossards mercredi après-midi, à la traversée du parking surchauffé de la Halle Brassens, je comprends qu'on va pas rigoler... Daniel notre animateur de Grenoble m'accueille en me disant que l'équipe de France prendra les 6 premières filles à passer 195km (s'il y en a plus que 6). No pressure... Tout le gratin du 24h français sera là, alors sur le papier c'est loin d'être gagné. Mais sur 24h tout peut arriver ! Le soir pasta party avec Christian et Domy, et Daniel prend la parole pour nous rappeler quelques éléments importants, mais celui que j'ai surtout retenu c'est que la musique sera "tolérée" ! Sauté de joie sur ma chaise :-D il nous dit quand même qu'un coureur est mort l'an dernier et de ne pas être complètement abrutis par notre musique...


Jeudi 4 mai, nous y voilà, le jour J que j'avais en ligne de mire toute l'année est enfin arrivé. Bizarrement, j'ai plutôt bien dormi, et je ne me trouve pas si tendue. Direction la halle Brassens pour installer mes affaires sur mon coin de table, à côté de William et son père, et pour briefer mon frangin et assistant.
Tout bien rangé... pour l'instant ! ;-)
 

Fred passe aussi me donner quelques conseils avant le départ et je mets enfin un visage sur l'entraîneur à distance. Il me conseille en particulier de ne pas me soucier des filles devant, s'il y a la marque (195 km) il y aura une place, pour la position on verra après 18h de course, pas avant. Sur ce point-là je suis bien d'accord, tout le monde part toujours trop vite pour moi, je préfère remonter sur la fin. Quant à la place, vu les noms dans la liste des participantes, mes chances sont assez minimes. Il n'y a que pour la distance que je suis seule maître à bord, en compétition contre moi-même pour aller la chercher.

Puis on se dirige tous vers la mairie de Brive pour le départ qui sera donné par monsieur le maire. Il fait encore frais, je porte le maillot manches longues du GUC par-dessus le débardeur, les maillots de mon coach Eric qui doivent me porter chance ;-) On fait des photos sur les marches, c'est-à-dire qu'on se fait carrément mitrailler de tous les côtés par les appareils photo, smartphones et autres iPads, serrés comme des sardines, j'ai envie de bouger de là au plus vite. Il me tarde que la course démarre pour qu'on puisse être tranquilles.

Enfin tranquilles, tout est relatif, car on est quand même plus de 200 coureurs, on va se marcher sur les pieds, même si pour l'occasion ils ont rallongé le circuit habituel à 1300m. On commence par traverser la ville en peloton serré pour revenir sur le circuit, devant certains s'envolent déjà, et effectivement très vite c'est compliqué, le circuit tourne dans tous les sens, ça double de tous les côtés, on ne sait jamais où se mettre pour ne pas gêner, j'ai hâte que tout le monde ralentisse un peu... En plus je ne sais pas si c'est l'enjeu, la surpopulation, ou la chaleur, mais finalement ça ne discute pas trop, chacun est dans sa course. Enfin en tous cas moi je ne bouge pas de mon allure d'escargot ! J'ai très vite tombé les manches longues, balancées au vol à mon frère en repassant sous la halle, et me voilà partie pour quelques heures à ce rythme. Je croise de temps en temps Fred qui me félicite sur mon allure, et je continue à tourner.

Alors ce circuit de Brive, à quoi il ressemblait ? Même après 24h de course je ne l'ai toujours pas complètement dans la tête tellement il fait de virages dans tous les sens. On commence par traverser sur un tapis rouge la halle Brassens en diagonale, à gauche chronométrage, tableau d'affichage géant, et grande table de ravito étiquetée, et à droite barrières séparant les supporters et la buvette du passage. En sortant de la salle, à droite il faut faire un détour de 50m pour les toilettes (100m aller-retour), à gauche on traverse la halle couverte bordée de tables de ravito. Gros bordel, plein de monde debout partout au milieu, je rate plusieurs fois ma table, incapable de la repérer dans la foule. A Portet il y avait la ligne jaune à ne pas dépasser, au moins on n'était pas obligés de slalommer... On sort avec un angle droit à gauche, chemin en stabilisé qui serpente et nous amène au pied d'une butte qu'il faut grimper (parfois dur même en marchant), on tourne à gauche au sommet pour un replat, puis encore à gauche pour redescendre un peu plus loin, assez "raide" (les traileurs, dans le fond, on ne rigole pas ! :-p ). Le chemin serpente encore un peu et remonte en faux plat sur les berges de la Corrèze. Il en redescend un peu plus loin pour un aller retour (descendre, remonter au bout, tourner, redescendre, remonter sur les berges...) qui constitue le rallongement de circuit. Puis on redescend des berges vers un bitume cabossé qui nous amène à la pire section (pendant la journée) : le grand parking en bitume surchauffé, 1'30" à 2' de course en plein cagnard (et en faux plat montant puis descendant) avant de rentrer à nouveau dans la halle.
(C) Manu Fontaine
1 ou 2 heures qu'on court déjà, les maillots du club commencent à tomber (on doit les porter en première et dernière heure), Piero le remplace par le T-shirt des 24h de Grenoble, ce que Daniel ne manque pas de commenter, et beaucoup de filles courent déjà en brassière, mais je n'ai pas encore assez chaud pour ça... Je m'arrose copieusement avec une éponge et ma casquette à chaque tour, tant et si bien que Fred s'inquiète que j'aie froid :-) Mais j'ai l'impression de bien gérer la chaleur, dont je sais qu'elle va encore bien monter jusqu'à 16h. Pour changer, mon ravito est surtout liquide, je guette des assiettes de purée sur la table mais je n'en vois jamais arriver, apparemment il fallait demander mais flemme de m'arrêter. Là où j'ai déconné aussi c'est que je n'ai rien avalé de salé (les assiettes proposaient des tucs (trop sec, pas envie) et des cacahuètes, j'en ai pris une poignée une fois que j'ai finalement laissé sur ma table 30m plus loin sans y toucher). Je m'en suis rendu compte bien plus tard... En guise de protocole d'alimentation, je buvais de l'eau gazeuse au ravito (et sur les conseils de Fred, Vic m'en proposait aussi à ma table) et j'ai mangé quelques morceaux de fruits. Quand j'ai commencé à sentir la baisse d'énergie, j'ai attrapé une tartine et une verrine de riz au lait mais c'était bien léger...
Cadrage (C) Victor :-)
 

Bon, pour l'instant tout va quand même bien, et je finis par tomber moi aussi le maillot qu'on met à sécher sur ma chaise pour demain matin. Ma table se fait plus bordélique... Alors que je commence à me dire que papa et Thérèse ne devraient plus tarder, je les vois soudain le long des barrières du parking, cool ! :-) Je fais un détour pour un high five. Dans les tours suivants je les retrouve, un coup plus loin sur le parking, puis à l'ombre du parc sur un banc, puis à ma table avec Vic, puis ils partent prendre un café. C'est comme si je n'avais que des instantanés de la vie de mes supporters pendant que moi je ne fais que tourner inlassablement ^^ Devant Daniel annonce les premiers passages du marathon, j'attends le mien pour la première pause. Le manège installé sur la place commence à jouer "Libérée, délivrée" et je me marre en pensant à mes neveux :-D et je chante avec bien sûr !

Puis c'est un coureur qui me fait un commentaire sur le fait qu'on doit sourire, je lui répond qu'on "est pas là pour s'emmerder" et je repars avec la chanson de Boris Vian dans la tête, c'est le problème quand on court sans iPod, le moindre truc peut tourner pendant des heures entre nos quelques neurones valides. Je discute aussi un moment avec Thierry qui me dit que le meilleur 24h est celui de Grenoble (même ne l'ayant jamais couru) et qui connaît Manu (qui lui en est un habitué). Une coureuse me salue aussi de la part de Blandine, aussi rencontrée sur les 24h de Grenoble. Le monde des 24h est bien petit ! Et puis le circuit des 24h de Grenoble je l'ai fait tellement de fois maintenant (4 participations entre 150 et 180km, sans compter les sorties d'entraînement) que je le connais par coeur. D'ailleurs en courant sur le stabilisé, avec l'herbe et les barrières à ma gauche, j'ai l'impression de longer le palais des sports, et en levant le regard je crois vraiment voir le fort du Saint-Eynard au-dessus de l'horizon. Avant de réaliser qu'il s'agit du sommet d'un immeuble... Le soleil tape un peu ^^




Tour 33, 14h30, 41km, première pause
Passage au tableau d'affichage, pensant m'arrêter à ce tour, il annonce 39.999km, super... j'en fais un de plus du coup avant ma première pause (33 tours et pas tout à fait un marathon). Mes pieds commencent à chauffer, et inutile d'attendre que ça s'aggrave : je remets de la Nok, change de chaussettes et de chaussures, en profite pour tomber les chaussettes de compression qui me chauffaient les mollets, lis quelques messages au passage, et repars requinquée. Il est un peu plus de 14h et on commence à bien sentir la chaleur, Vic me dit qu'on est au plus chaud mais je pense que ça va encore chauffer plus jusqu'à 16h. En tous cas il y a déjà eu des dégâts, je m'inquiétais de ne plus voir Piero, et Vic me confirme un peu plus tard qu'il a abandonné à 5h de course. Daniel nous annonce aussi les abandons de temps en temps, chez les femmes ça tombe un peu moins mais quand même, Christine la championne de Grenoble 2013 a abandonné aussi. 

C'est surtout le parking qui est un four, je guette l'ombre des arbres qui s'étend un peu plus à chaque tour pour grignoter des centimètres de bitume. Les bénévoles ont installé des gros seaux d'eau avec des éponges pour pouvoir s'asperger à plusieurs endroits du parcours, et même une douche/brumisateur au virage après la butte. "En voilà une bonne idée !", je lance en y passant la première fois, "tout le monde n'apprécie pas" me répond le bénévole. Je comprendrai plus tard... Chacun gère l'après-midi à sa façon. Mais en général la chaleur ne me dérange pas plus que ça, à condition de m'arroser régulièrement, ça ne m'empêche pas de courir. Les jambes vont plutôt bien d'ailleurs, d'autant que j'ai ralenti un peu pour mieux gérer la chaleur. Fred me rassure sur mon allure, nickel, il faut gérer avant la nuit, et me demande à un moment "tu te balades, là, non?". J'ai l'impression que oui, mais même une balade dans ces conditions ne me laissera pas complètement indemne, Et puis surtout j'ai un point au plexus depuis un moment qui me comprime de plus en plus sans trop comprendre ce qui m'arrive...
Arno a sorti la tenue spéciale désert
A partir de là, c'est (déjà) le début de la fin. Entre le plexus écrasé et le reste du ventre transformé en point de côté géant, courir passe lentement de plaisir à torture. J'ai toujours ma casquette Ut4M sur la tête, la visière sur les yeux me protège du vent, du pollen, et de tout le reste, concentrée dans ma petite bulle surtout sans regarder trop loin. Je me force encore à courir mais j'ai de plus en plus mal. Du coup je guette le premier iPod puis sort aussi le mien, mais me rappelant les mots de Daniel la veille, je n'ose pas avoir l'iPod sur les oreilles si jamais j'ai une défaillance... En ralentissant, je me refroidis, et je repasse un débardeur. Je commence à comprendre les coureurs qui n'aimaient pas la douche installée sur le parcours : en fait on ne peut pas y échapper, on est obligés de se faire arroser en passant... comme j'ai froid j'essaye de me cacher derrière un autre coureur pour passer, mais ça ne marche pas terrible :-) et en plus le sol devient gadouilleux à force d'être arrosé.

Tour 45, 16h30, 56km, premier arrêt médical
Après encore des tours de galère (45e tour), au plus chaud de l'aprem vers 16h30, je finis par faire un arrêt au stand, je rentre dans l'infirmerie en annonçant "j'arrive pas à respirer", bon, j'aurais peut-être dû le dire autrement ^^ aussitôt on m'allonge sur un lit et on m'envoie le médecin, que j'ai vite fait de rassurer, mon bras gauche et mon coeur vont bien, je ne suis pas non plus allergique au pollen. Après m'avoir palpé le ventre dans tous les sens, elle me dit que c'est l'estomac et me donne un spasfon et un autre truc pour détendre un peu tout ça. Je repars en 5-10 mn max, mais toujours pas au mieux, pour encore enchaîner des tours de plus en plus lentement. C'est là qu'on se rend mieux compte que le circuit est plus long que d'habitude, les tours semblent interminables, les buttes sont des cols, les faux plats d'une raideur insoupçonnée. 

La casquette toujours sur les yeux, je ne regarde guère plus loin que le bout de mes pieds, ça m'évite sans doute de réfléchir. Et pour dire comme le paysage est important pour nous autres hamsters, je réalise seulement en milieu d'aprem qu'il y a des voitures de pub d'un sponsor garées le long du parcours sur le parking (et d'ailleurs je serais bien incapable d'en dire la marque, pas très efficace leur coup de pub, ou alors plutôt sur les spectateurs ^^). Pareil pour le terrain de jeux qu'on longe à l'arrière du parcours (déserté par cette canicule), puis les maisons type manoir hors budget en haut de la butte, je découvre de nouveaux aspects du parcours régulièrement.

Finalement, c'est un miracle si je n'ai pas raté mes supporters. Enfin j'ai bien cru à une illusion quand d'un coup, au bord d'une barrière sur le parking, qui je vois ? Hélène débarquée de Grenoble pour venir m'encourager ! "Sérieux ?!" génial. Une bonne surprise au milieu de la galère. Elle me demande si ça va, je lui fais signe que bof. C'est marrant comme il devient plus facile de faire signe de la tête ou de la main que de parler. Comme si chaque souffle était réservé à la respiration vitale et indisponible pour parler (mais pas pour chanter bizarrement ^^ enfin ça dépend des moments à vrai dire). Un peu comme le sang qui est dévié des intestins vers les muscles, laissant la digestion se faire au ralenti avec seulement 20% de la circulation sanguine habituelle.

Je ne risquais pas non plus de rater Rafion, du team des ambassadeurs Ut4M, qui n'a pas oublié son maillot et le buff, il ne lui manquait que la banderole pour pouvoir en rajouter :-) Quand je pense qu'il a fait 90 km pour venir me soutenir, après m'avoir dit qu'il n'habitait "pas loin"... merci ! Il me mitraille pendant quelques tours, ça va je cours encore mais pas bien vite.
 

J'ai vomi un peu tout à l'heure, peu de temps après être sortie de l'infirmerie, En marchant vite et en courant de temps en temps, je tourne encore en environ 9 minutes par tour. Je m'acharne mais mon objectif s'éloigne déjà après 8h de course : on a fait le tiers du temps et j'ai tout juste fait le tiers des 195 km qualificatifs, il va falloir que ça revienne vite si je veux y arriver... Christian m'avait bien dit hier, que c'était difficile de se remotiver quand l'objectif tombait à l'eau. Je m'étais alors dit que je me motiverais à au moins battre mon record. Plan A : 200 km, plan B : 195 km, plan C : 185 km. Mais une fois dans la course, et après avoir épuisé pas mal de lettres de l'alphabet, pour la première fois je comprends cette tentation d'abandonner quand on voit qu'on ne fera pas la perf voulue. Je sais que je peux aller au bout, quitte à aller dormir quelques heures, mais je commence à me demander l'intérêt de me torturer pour faire une contre-perf à la fin... Même si je n'ai pas du tout envie d'arrêter avant la fin, je sais que je le regretterais trop, et puis je peux pas faire ça à mes supporters. Clem et Max sont arrivés aussi entre temps après une rando, je commence à avoir un sacré fan club. Mais malheureusement je ne leur montre pas le meilleur... Bref, je ne sais pas quoi faire, et je demanderais bien conseil à Fred. 

Justement je finis par croiser Fred et le 2e coach de l'équipe de France sur le parking, et lui demande si je peux lui parler. Je lui dis que je n'arrive pas à aller vite, trop mal au ventre : "qui a dit qu'il fallait aller vite sur un 24h?"... pas faux. Ils me rassurent, mon allure est très bien, et rien ne m'empêche de marcher, ça va revenir et je remonterai pendant la nuit. Fred me recommande de chercher la limite d'allure que je peux tenir pour l'instant, et il me conseille aussi le coca, même si j'aime pas ça, ça peut aider. Du coup au prochain passage au stand c'est verre de coca dégazéifié. Je discute aussi avec Fabrice qui me voit marcher et prend le temps de me donner des conseils : pour lui, c'est la banane qui peut aider à caler l'estomac, donc j'essaye aussi. Je repasse même un T-shirt par-dessus mon débardeur quand la chaleur tombe, et pour montrer les couleurs UT4M à Rafion.


Mais rien ne semble marcher, je me désespère. J'ai fait 9 tours dans les 2 dernières heures, le 2e marathon semble ne jamais arriver. Je cherche du réconfort à ma table où mes supporters jouent à la belote, on me dit que Clem et Max n'ont pas fait toute cette route pour me voir abandonner, et Papa m'encourage en me disant qu'il ne me reste plus qu'une heure de chaleur, je dirais plutôt 2, et Fred qui passait par là confirme.

Tour 53, 18h, 67km, deuxième arrêt médical
Après 4 tours à 13mn/tour, finalement je n'en peux plus, je me dis que la stratégie d'avancer à tout prix n'est peut-être pas la meilleure ici, et que je gagnerai peut-être plus de temps plus tard en en perdant un peu maintenant pour me remettre en état. Vers 18h (53e tour) je finis par passer devant les 2 coachs de l'équipe de France assis devant la tente des médecins pour rentrer directement m'étaler sur un lit de camp. On me prend la tension et le taux de sucre, c'est plutôt pas mal, on me surélève les jambes, on me masse le ventre pour essayer de dénouer tout ça. Je me fais aussi masser vite fait sans même enlever mes chaussures, quitte à m'arrêter autant en profiter pour me refaire une santé musculaire. Papa finit par me rejoindre, s'inquiétant de ne plus me voir passer et prévenu par Fred que tout allait bien, j'étais juste à l'infirmerie. Cette fois je m'arrête près de 25mn, avant de repartir pour un tour plutôt rapide mais malheureusement ça ne dure pas, les crampes d'estomac reviennent dès que je relance un peu trop. Voyant que ça ne repart vraiment pas, Fred me dit maintenant qu'il ne faut pas aller trop loin dans mon physique... C'est comme si d'un coup un espoir qu'on avait mis sur moi s'envolait, laissant comme un vide. Je le vois moins ensuite pendant la nuit.

Anne-Marie Vernet - (C) Manu Fontaine
Pendant ce temps, Daniel envoie le "jingle 100 km" pour tous les coureurs devant qui passent la barre les uns après les autres, Anne-Marie Vernet première fille pas en reste. En même temps que je les admire, les voir avancer en restant scotchés sur place est encore plus frustrant. Mais j'imagine le jingle jouer pour moi au bout d'un moment. Enfin pour l'instant j'attend l'inexistant "jingle 80 km"... Encore une quinzaine de tours en alternance marche-course en 10 puis 11 puis 12 mn par tour et je les atteins enfin, dans les lueurs du soleil couchant, chouette spectacle que ce coucher de soleil sur la Corrèze qu'on longe sur un côté du parcours. Fred m'a annoncé une nuit très froide avec le vent et l'humidité le long de la rivière et j'ai sorti la veste, mais j'ai vite trop chaud car le vent nous épargne finalement.

Tour 67, 21h, 80km, un quart d'heure de pause
Je fais donc enfin ma 2e pause chaussures-Nok après près de 11h de course (dire que j'espérais passer les 100km dans ce temps-là...), sacré coup de mou... Clem et Max jouent les photographes dans le parc au coucher de soleil et finissent par revenir à la table, s'inquiétant de ne plus me voir passer. Hélène m'offre son pique nique à base de tomates cerise et de fraises. Je poste un message sur facebook au passage, annonçant la mort de mon objectif initial, comme pour me forcer à faire une croix dessus dans ma tête aussi. Comme pour marquer mon ralentissement, j'échange mon short pour un cycliste un peu plus chaud avant de repartir, dans l'espoir aussi que la compression soulage aussi un peu mes quadris qui commencent à chauffer.

C'est le début de la nuit. J'échange quelques mots avec Nathalie, qui marche elle aussi, visible de loin avec un T-shirt orange fluo. Pour elle ce sont les crampes de mollets, pour moi les crampes d'estomac, mais on est bien dans la même galère... On essaye de se revigorer en admirant les dizaines de petits lampions en bordure de chemin qui illuminent le parcours sinueux, brillant comme autant d'étoiles tombées au hasard dans l'herbe du parc. 
Nathalie - Photo Manu Fontaine
Le problème en marchant, c'est qu'on s'ennuie beaucoup plus qu'en courant. Courir, on aime tous ça (c'est d'ailleurs même écrit sur nos dossards), et ça ne pose de problème à personne de le faire en rond autour d'un parc (le "rond" est d'ailleurs assez labyrinthique aujourd'hui, ça sinue dans tous les sens), tant qu'on coche un nouveau tour régulièrement, nous donnant l'impression d'avancer vers notre ligne d'arrivée virtuelle, personnelle. La mienne, je l'avais repérée au début, cette petite marque en bord de Corrèze, 3 chiffres à la peinture verte. 200. Je me voyais déjà la passer à l'arrache dans les dernières minutes, me demandant si je m'y arrêterais pour finir dessus où si je grapillerais les mètres jusqu'à la dernière seconde. Belles illusions de début de course... après m'avoir donné des frissons par anticipation, la marque de peinture verte semble maintenant renfoncer le clou de mon échec à chaque tour un peu plus. Car en marchant, tout change. Chaque tour prend une éternité, on a bien le temps d'en apprécier (ou pas) chaque détail, et le compteur semble à l'arrêt, augmentant péniblement de pas tout à fait 1.3km à chaque passage. Bref, on s'ennuie...

Et pourtant c'est comme si l'envie de courir disparaissait de plus en plus à force de marcher, bientôt je n'aurai plus la force de relancer si ça continue. J'aurais dû me fixer des repères marche et course pour me forcer à repartir. En plus à force de marcher je commence à somnoler. Je bois un peu de mes fameuses fioles isostar fraise-caféine, mais le goût trop sucré me dégoûte. Fabrice ne me voyant toujours pas repartir échange aussi quelques mots avec moi ; lui court toujours après une qualif. Puis je fais un bout de chemin avec Patrick, toujours là sur tous mes 24h (je l'entends raconter qu'il en fait une dizaine par an !) et de très bon conseil. 
Patrick - (C) Manu Fontaine
Il me conseille d'ailleurs de ne pas abuser du coca, qui l'a déjà envoyé à l'hosto car ça interfère avec le potassium. Enfin ça fait du bien de discuter avec lui et je repars de plus belle ensuite, d'abord en marchant, puis en courant à nouveau. Jusqu'à un soudain regain d'énergie qui me fait boucler un tour en 7'48", mieux qu'au tout début de la course ! J'en fais encore 2 ou 3 à bonne allure, puis je passe à la caisse : mon ventre refait des siennes, et je re-ralentis. Punaise, j'ai pas signé sur un 24h marche...!

Minuit, 100km, tour 85
A l'approche des 100km, je me remotive un peu. J'attend le jingle et je me prépare même à courir le parking pour passer les 100 km en courant, quand je me rappelle que le micro et la musique extérieurs ont été coupés à 22h pour laisser dormir les voisins... Déçue... Mais Daniel me voit passer, lit ma distance sur l'écran et commente alors que je m'éloigne, à l'adresse des quelques spectateurs accoudés à la barrière qui nous sépare de la buvette, qu'il me reste 95 km et que vais aller les chercher. Il en est plus sûr que moi... Sur le papier ce serait presque encore jouable, 10h à 9.5 km/h et hop, mais je me vois mal tenir 10h en courant dans mon état.

Et d'ailleurs je ne tarde pas à payer ma nouvelle accélération. Je me sens de plus en plus mal, j'hésite, j'hésite, et puis j'y tiens plus, juste avant 1h du mat', direction le stand médical pour la 3e fois. Juste quand je passe le tableau, Daniel m'accueille avec son micro, vient me parler et m'encourager, je lui fais signe que je suis morte, il me dit que je ne peux pas abandonner, je le rassure que ce n'est pas mon intention, puis la docteur inquiète lui dit de me laisser m'allonger et m'accompagne sur un lit de camp où je m'écroule. La médecin me dit qu'il faudrait prendre le temps de me reposer vraiment cette fois, me parlant des risques de nécrose de l'intestin, des coureurs qui avaient du sang dans leur urine et autres joyeusetés, et me propose de me réveiller dans une demi-heure ou 1h, proposition acceptée sans rechigner. 

J'entends le micro de Daniel annoncer bientôt la 15e heure de course, et je vois le chrono géant sous le paravent depuis mon lit de camp. Je m'allonge mais je ne dors pas, et en me refroidissant je commence à cramper, la doc fait venir le kiné pour m'étirer, et je me dis que tant qu'à faire de rester sur place je pourrais aussi bien me faire masser un peu. Il m'installe sur une table, cette fois je retire même mes chaussures, je ne suis plus à quelques minutes près malheureusement... Il me masse longuement les jambes, je ne regarde pas l'heure. Je profite aussi d'avoir enlevé mes chaussures pour le massage pour remettre de la Nok sur mes pieds qui ne sont pas si moches. On me reprend la tension et le sucre avant de me laisser partir. 

Il est 2h du mat' quand je ressors, un peu refroidie. Heureusement j'avais ma veste avec moi que j'enfile, et ma table n'est pas loin. Je m'y arrête pour enfiler mon pantalon et mon bonnet le temps de relancer la machine. Et je relance bien, je fais quelques tours un peu plus rapides, et je tombe déjà la veste, puis le bonnet, mais je garde le pantalon pour garder les muscles au chaud.

Fin de nuit
Je finis par faire un détour aux toilettes, pour la première fois depuis le début d'aprem, preuve que le système digestif repart enfin ! C'est bon signe, mais ça rajoute des dizaines de mètres gratuits à ma course... Les toilettes coureuses sont 50m hors parcours (si si, j'ai compté mes pas ^^), plus le retour, 100m cadeau bonus à chaque arrêt. Il y a aussi des toilettes coureurs, juste avant, mais eux se fendent moins souvent du détour, préférant les arbres sur le bord du parcours, d'abord un peu à l'écart du chemin puis de moins en moins. Je ferais bien pareil si je pouvais, pô juste... quoique... Bref, heureusement qu'ils prévoient de la pluie ce week end pour nettoyer tout ça !

Encore 4h de nuit qui semblent durer une éternité et en même temps ne m'ont laissé aucun souvenir. Je cours, je marche, je bois de temps en temps mais avec extrême modération, avec ce sentiment de ne pas pouvoir boire à ma soif juste quand j'en aurais besoin. Il fait moins chaud heureusement, même si on est loin de la nuit glaciale annoncée : le vent ne s'est finalement pas levé, et puis je marche assez vite pour me réchauffer. Les spectateurs / suiveurs ont eux sorti les doudounes. Et je marche, et je trottine, et je marche, et je mange ? aucun souvenir d'avoir avalé plus que quelques morceaux de fruits la journée, et des soupes la nuit. 

J'écoute de la musique aussi, je chante même un peu, profitant du parcours maintenant déserté. Déjà, il y a eu plusieurs dizaines d'abandons. Daniel nous annonçait régulièrement les chiffres, je crois qu'on en est maintenant à une soixantaine. Beaucoup ont payé cher la chaleur de l'après-midi, déshydratation, surhydratation, problèmes digestifs, problèmes musculaires, les effets sont nombreux, surtout à l'avant du peloton où on essayait d'atteindre une marque élevée pour se qualifier, et on avait donc du mal à se convaincre de ralentir et mettre dès le début une croix dessus. Et la nuit passe comme ça, bien plus courte en ce mois de mai que sur mes précédents 24h.

6h du mat', lever de soleil
Les premières lueurs du jour arrivent déjà vers 6h du matin et me donnent un regain d'énergie. Je recommence à trottiner et enchaîne quelques tours un peu plus rapides. Les jambes vont bien, forcément elles n'ont pas fait grand chose depuis hier, c'est frustrant... Profitant d'une pause aux toilettes, j'enlève finalement mon pantalon et le pose à ma table en passant. Je repars à l'accélération alors que maintenant une bonne majorité des coureurs marchent autour du circuit. J'essaye d'entraîner Fabrice qui marche aussi, mais c'est maintenant lui qui n'arrive plus à me suivre. Lui aussi cherchait une qualification mais il n'est pas sûr de pouvoir remonter sur la tête de course...
Fabrice - Photo Manu Fontaine
Je me relance petit à petit, plus le temps de réfléchir, il reste si peu de temps... Je fais quelques tours en moins de 8mn, plus vite que mes premiers tours la veille. Du coup je fais une courte pause à ma table pour me remettre en mode "course" et ne plus avoir besoin de m'arrêter ensuite : une bonne couche de Nok, mes chaussures plus légères et plus larges (douloureux souvenir d'une longue pause en fin de course à Portet l'an dernier pour soigner des ampoules à un stade avancé...). Puis je repars, mais je réalise quand même que "si peu de temps", c'est en fait encore 4 bonnes heures. Les jours sont plus longs en mai... Du coup je me calme et ralentis un peu, pas moyen de tenir 4 heures à fond, il faut en garder sous le pied pour plus tard.

Le parcours s'éveille, des coureurs qui avaient fait une pause nocturne y reviennent peu à peu, tout comme les suiveurs et spectateurs. Beaucoup discutent joyeusement en voyant l'arrivée se rapprocher. Je rencontre 2 coureurs de Montpellier qui me parlent du Festa Trail du Pic Saint-Loup.
(C) Manu Fontaine
Je revois aussi avec plaisir Domy et Christian qui marchent main dans la main, on s'encourage au passage. Ils avaient disparu du parcours une partie de la nuit et je suis contente de les retrouver.

Un peu plus tard, Clem et Max me disent bonjour depuis leur van garé dans la rue sous la butte, le "point culminant" de notre parcours. Puis ils reviennent faire des photos sur le parcours, me forçant à courir pour la pose :-)
(C) Clem&Max
Le vent annoncé cette nuit finit par se lever, et avec lui une tempête de pollen se déchaîne. Je cours la tête baissée voire les yeux fermés dans l'allée centrale. Je ne pense même pas à remettre casquette ou lunettes de soleil comme hier... Déjà je cours, qu'on ne me demande pas en plus de réfléchir :-)
(C) Clem & Max
Je revois Fred et Manu Fontaine qui font des photos sur le bord du parcours et nous encouragent. Daniel a de nouveau le droit de mettre le micro dehors et on retrouve sa voix avec plaisir. Il commente sur les coureurs qui commencent à ressortir les maillots du club pour ne pas avoir besoin de s'arrêter pendant la dernière heure. Je décide aussitôt d'en faire autant et m'arrête à ma table le temps qu'on me le retrouve dans le bordel :-) et repars avec le maillot du GUC prêté par Eric, une motivation supplémentaire !
(C) Manu Fontaine
Dernière heure de course
Et enfin la voilà, la fameuse dernière heure de course, ce temps hors du temps, qu'il faut courir 23 heures pour mériter, et que rien ne doit gâcher. Cette fois j'accélère à nouveau, je n'ai plus conscience de l'heure qu'il est ni rien. Je bois régulièrement du jus d'orange au ravito de l'orga pour reprendre un peu de sucre et de liquide. J'évite maintenant les boissons gazeuses, et je n'ai pas avalé grand chose de solide, j'ai trop peur que mon estomac refasse des siennes, mais je ne tiens pas à tomber en hypo avant la fin. Je passe les 150 km largement avant la fin de la course, alors qu'en pleine nuit quand c'était devenu mon nouvel objectif, je n'étais même pas sûre d'y arriver. M'enfin un objectif trop facile à atteindre ça n'aurait pas été un objectif, et je voulais faire au minimum aussi bien que mon tout premier 24h à Grenoble fin 2011. 4 ans et demie, j'ai quand même bien progressé depuis.

Je vois Arnaud et Maryline sur le bord du parking qui m'encouragent. Arnaud a malheureusement arrêté hier soir à cause de la chaleur... La première fois que je les passe Arnaud me lance un "encore 5 tours", je n'ai pas la moindre idée de l'heure, du temps qui me reste ou de la vitesse que ça implique, mais 5 tours c'est très concret, et s'il le dit c'est que ça doit être possible. Encore une fois, je cours, je ne réfléchis pas. Poser le cerveau c'est la meilleure chose à faire. A partir de là je suis un motif bien défini, je cours dès que je les entends m'encourager avant d'arriver sur le parking, je traverse tout le parking en courant, m'arrête juste de temps en temps 3 secondes le temps de boire un jus d'orange, repars en courant pour traverser l'allée en sprint devant mon fan club en folie (papa et Thérèse sont maintenant arrivés aussi, tout le monde est là, à leur tour de n'avoir que des instantanés de ma course, et l'illusion que je ne fais que courir ^^), continue si possible à trottiner jusqu'au pied de la butte, que je passe en marchant (ou en trottinant si j'oublie), relance dans la descente qui suit, trottine l'allée centrale, marche la petite remontée sur les berges, trottine encore un peu, puis marche l'allée qui mène au parking pour reprendre des forces avant d'entendre à nouveau les voix d'Arnaud et Maryline "allez Carole". A chaque tour je les attends comme un signal pour me remettre à courir. Je n'ai pas compté les tours mais j'ai bien dû faire les 5 qu'Arnaud m'avait annoncé.

Dans cette dernière heure plus rien ne peux m'arrêter. J'ai oublié momentanément tous les objectifs ratés, les douleurs diverses, je veux juste profiter de ce rare moment.

Les bénévoles ont sorti une table avec les marqueurs en bois pour chaque coureur. J'attends le dernier moment pour attraper le mien, leur montrant bien mon dossard à l'avance pour qu'ils me le tendent au passage sans que j'aie besoin de ralentir. Pourtant ce n'est pas comme si j'étais à 10m près aujourd'hui, mais c'est toujours difficile de s'arrêter et relancer. Il reste moins de 10mn, et je veux finir encore un tour pour ne pas me retrouver à l'opposé du parcours au coup de sifflet final. Donc j'accélère un bon coup, je passe la butte en ralentissant à peine, cours tout le tour, arrive au parking en "sprint" (tout est relatif, on est d'accord), passe le ravito, passe la halle et mes supporters, et toujours pas de coup de sifflet.


Victor me suit en courant alors que je ressors en accélérant encore, pourvu que ça s'arrête avant la butte, non, je monte la butte en courant, pourvu que ça s'arrête pas dans la descente en coupant mon élan, ouf, je passe même Anne-Marie Vernet qui marche quelques derniers mètres, puis coup de pistolet, j'ai coupé l'ipod pour bien entendre, mais je me fais avoir comme d'hab, je m'arrête, Vic me dit que ce n'est que le premier, il reste une minute, je repars, cours encore quelques dizaines de mètres, puis le 2e coup retentit et je m'arrête.

Et après ça
Je ne pouvais pas couper au traditionnel étalage par terre, je passe sous la barrière pour m'écrouler dans l'herbe. Clem, Max, Hélène nous rejoignent.

Le vent souffle fort et menace d'emporter dossard et marqueur en bois. Un arbitre passe et nous donne des piquets en bois pour fixer le dossard au sol, avec la puce par dessus ça devrait tenir.

Une équipe de secouristes fait aussi le tour mais tout va bien. C'est une autre histoire pour Anne-Marie Vernet qui s'est arrêtée à quelques mètres et a bien souffert. Mais de mon côté, pour la première fois depuis un bail, je retourne à ma table en marchant. Ils s'y sont mis à 2 pour me relever, et j'ai les jambes bien raides, mais je vois déjà que ça va beaucoup mieux que les fois précédentes. Plus d'entraînement, ou bien le fait que j'ai finalement assez peu couru pendant 24h ?


Je retrouve le reste de mon équipe à ma table et commence à ranger un peu tout le barda. J'avais ramené ma maison avec moi : de quoi nourrir un troupeau de gnous alors que je n'ai finalement presque rien avalé, de quoi affronter la pluie et la neige alors qu'on a eu droit à la canicule et même la nuit relativement chaude, etc. Je m'occupe et évite encore de penser au résultat. J'ai fait environ 156km, soit plus de 40km de moins que ce que j'espérais, mais je profite encore de l'adrénaline de la dernière heure.

Puis Fred arrive et me parle de "la beauté et la cruauté du 24h", beau résumé. C'est pour ça qu'on aime ce sport non ? Il n'a jamais vu autant d'abandons sur un championnat de France, et c'est déjà pas mal que je sois encore là. J'aurai d'autres occasions dans le futur, je suis quand même parmi les plus jeunes sur ce format.

Après ça direction la douche dans l'hôtel partenaire juste à côté de la halle, où j'avais bien fait de prendre soin de ne pas être seule, pasque la baisse de tension finit par arriver comme prévu, et bam. On m'allonge sur un canapé de l'hôtel et on me ressuscite avec les bonbons de la réception, avant de me raccompagner à la halle, merci Stéphanie. Je retrouve les secouristes, je les avais justement pas assez vus sur cette course. On m'allonge sur un lit de camp, sous une couverture, et on me donne une boisson sucrée avant de me laisser me reposer. Et là d'un coup, tout me tombe dessus, je réalise finalement que LA course pour laquelle je me suis entraînée comme une dingue depuis 4 mois est finie, et pas comme je l'espérais, et je me prends comme un gros coup de marteau, je me mets à pleurer sous ma couverture. Impossible de rester là à me lamenter ou je vais faire une dépression, ça ne sert à rien, je me lève et me barre retrouver toute ma fine équipe.

La suite, c'est belote en regardant les podiums, Anne-Marie fait le sien depuis son lit à l'infirmerie où elle est sous perf.


Puis casse-croûte sous la halle et très long retour en voiture avant d'aller faire ma séance de cryothérapie dans la piscine de papa. J'avais retrouvé mes jambes en 2 jours, mais j'ai quand même passé 10 jours à récupérer en ne faisant presque que du vélo, avant d'attaquer l'entraînement trail. Prochain objectif, Festa Trail du Pic Saint-Loup, ultra-draille, 120km et surtout plus de dénivelé que j'en ai fait depuis le début de l'année avec mon entraînement de hamster... je peux vous dire que j'ai les chocottes !









2 commentaires:

  1. Impressionnant... je n'arrive pas à imaginer courir (ou marcher) pendant 24h, il faut une sacrée volonté !!! Bravo, même si ça ne s'est pas déroulé comme tu le voulais...

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    1. Merci ! c'est comme ça qu'on apprend... :-)

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